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Le blog de Sophie Fontanel

Les mots comptent-ils ?

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chaussures-escarpins

Je suis passée devant boulevard Saint-Germain. C’était là sur un banc, mis tout proprement, avec une sorte d’exquise délicatesse que, même de loin, on remarquait. Je n’ai pas tout de suite vu l’enveloppe mais je suis sûre que ce petit bout de papier blanc, c’est ça aussi qui a fait que je me suis arrêtée. Ça faisait comme l’œuvre d’un artiste. A peine avais-je compris de quoi il s’agissait, ça me parlait jusqu’au plus profond de moi.

Dans ma famille, on a toujours fait ça : poser délicatement dans la rue, sur un rebord de fenêtre, des choses à donner. Mais comme ma mère et mes tantes avant moi, je n’ajoutais jamais un mot pour expliquer (sauf dans les chambres d’hôtel). On posait les choses là, sans préciser si elles avaient été oubliées là, reléguées là, punies là, on ne disait pas qu’on les offrait. On ne précisait jamais qu’on y tenait ou qu’on y avait tenu. Y avait par ailleurs le culte du cadeau dans ma famille. Et autant on ne recevait rien aux anniversaires, par exemple, ou quasi rien, autant on avait le pli de donner à peu près tout ce qu’on possédait. N’allez pas imaginer que ma famille était riche. Elle était raffinée mais relativement fauchée. Par exemple, on allait à la montagne, mais on skiait pas. Et notre chanson favorite c’était « Les palaces, les restaurants, on faisait que passer d’vant ». Toutefois, quand on montait un petit stand de vide-greniers, avec a priori la perspective de gagner un peu de sous, on ne faisait aucun bénéfice, parce que au bout du compte on offrait les choses. Je crois avoir déjà raconté dans ce blog la façon dont ma tante Anahide se défaisait de tout, avec un naturel déconcertant. Je confonds ce que j’écris dans ce blog et ce que j’écris dans les livres ! Toujours est-il que cette paire de chaussures a réveillé en moi des tas d’émotions. Le lien que les habits mettent entre les gens. L’âme des objets. L’aberration de la consommation. Le silence et la force de l’écrit.

Fonelle d’Or décerné ce jour à Pablo, le chat d’Oursine, qui sait écrire.

A jeudi les adorés,

Fonelle

Ps. Mademoiselle Mauve, eh oui le chat dans le monde ancien…

Ps2. Navajo, oui c’est sublime le silence compréhensif.

Ps3. Chabcestbien, merci.

Ps4. Marga, jamais Lacan on a besoin de lui, comme on dit!

Ps5. Solexine, ton lien est poilant.

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22 réponses à Les mots comptent-ils ?

  • lilou@Patou

    Pensées ensoleillées pour toi.
    La vie tient à un fil, faite de ces petits riens qui parfois nous semblent tout.
    Ce mot, pourtant si bref, touche parce qu’il vient mettre un peu d’humanité dans un monde qui en manque. Ce serait bien aussi de donner aussi autre chose que des objets. Donner gratuitement, bénévolement, du temps, de la joie, de l’amour. Le monde serait transformé

  • anne à Ibiza

    Les objets, je les « oublie » parfois au container bien en vue avec un noeud rose. Emballage cadeau.

  • sabcestbien

    @cyd
    c’est vrai que des fois, y a des gens qui comprennent pas qu’on donne simplement.
    la première fois que j’ai donné des jouets de ma fille à l’école, ils en revenaient pas…
    pour un enfant unique, c’est important d’apprendre à partager et c’est ça que je lui ai appris.

  • cyd

    Ce post me rappelle tant de jolies choses. Nous avons toujours fait ça à la maison et ma fille y a été initiée très jeune, des piles de Tchoupi, la poussette et sa poupée, des tonnes de peluches ont trouvé d’heureux nouveaux propriétaires. Elle écrivait un petit mot disant « j’ai grandi », « je ne joue plus à la poupée » etc… Elle était si contente de voir ses jouets partir vers de nouvelles aventures ! Pour ma part, j’ai encore dernièrement déposé sur le trottoir une lampe arc avec un petit mot « prends moi ». Oh, et aussi le sourire de ce petit garçon qui a sonné à ma porte pour me demander si vraiment elle était à donner cette trottinette… Mais oui mon chéri, vas, file avec !

  • Ondine

    Ton post m’a donné le frisson !
    Ce goût de tout donner…
    Cette volonté de n’appartenir à rien.
    Est-ce que tu te sens apatride, parfois ?

  • Monica

    Je ne vois pas le talon mais le bout arrondi lui est très bien, je les aurais peut-être pris si j’étais passée par là et j’aurais laissé un merci sur le petit mot- enfin tout ça bien-sûr si ils avaient été à ma taille ces jolis escarpins.
    @Patou, ton histoire me touche, il m’est arrivé quelque chose de semblable. Il y a 6 mois à l’enterrement d’un ami cher, le compliment totalement inattendu d’un copain perdu de vue m’a aidé à me reprendre en mains . J’ai perdu les kgs tristes que je trainais depuis 10 ans , me suis mise au yoga dans le calme et j’envisage tout avec un certain apaisement. Difficile de croire que cet ami a fait cela pour moi sans s’en apercevoir et pourtant sa bienveillance si spontanée a comme fermé une plaie.

  • Liahliah

    Je ne saurai expliquer ce qui me bouleverse tant dans ce post. La beauté du geste a l’heure ou nous manions plus aisément le langage SMS. L’apparente simplicité d’offrir un cadeau sans se préoccuper du qu’en dira t-on? ou comment un inconnu a su donner de son temps a un autre inconnu en portant un regard rempli de bienveillance et d’amour sur la difficulté de certains quotidiens. Associée a votre plume, ces petits souliers prédisent des pas heureux…

  • Patou

    L’autre jour j’ai passé une journée abominable . Qui succédait à une semaine abominable, à des mois de doutes et de pensées tristes. En sortant du Mc Do avec mon fils, un homme s’est effacé pour me tenir la porte, avec sur les lèvres un sourire d’une bonté infinie. C’est con mais ça m’a fait tellement de bien que ça m’a fait pleurer. C’est ce que m’inspire ce bout de papier blanc tout net à côté de ces jolis souliers.

  • Bellouin Marie-José

    Que c’est joli Sophie! moi aussi j’adore donner comme ça…
    Bises à toi..
    Marie-José

  • marga

    oui, « l´aberration de la consommation »… et donc il faut avoir « le culte du cadeau dans (la) famille » pour pouvoir, pour « savoir » faire des cadeaux… j´apprends tous les jours dans ton blog. merci.

  • Virg'

    Et l’appart de Miss Golightly qui est en vente, on se cotise ?

  • Virg'

    « It’s not just something you take, it is given ». Ce mot change tout.

  • Isabelle la cathodique

    Il y a quelques mois, ma voisine de palier au bureau a déposé à son départ une énorme bibliothèque, vieille et pas très attirante au milieu du jardin qui borde l’immeuble, avec ce petit mot: « c’est cadeau » Elle est restée plantée là des semaines. Nous avons trouvé que celle-là – la voisine -c’était pas un cadeau! J’ai fini par avoir pitié d’elle, la bibliothèque, et par l’adopter, puis la rapatrier dans la salle d’attente où je dépose des livres pour que chacun se serve. Certains livres restent toujours, d’autres s’envolent vite.
    Quant à ma fille, elle adore nous faire rougir de honte et ramasser les foulards qui traînent sur les bancs sous prétexte que quelqu’un les a déposés là pour qu’on les trouve.
    Finalement, on a tendance dans la famille à ramasser tout ce qui traine plutôt qu’à donner tout ce qu’on a!

  • café liégeois

    Ce qui sublime dans ce geste, c’est qu’il représente à la fois rien et beaucoup. C’est débordant de poésie discrète. Trouver un objet est déjà merveilleux en soi mais un objet offert (ici il n’est pas donné, nuance) de cette manière c’est offrir de l’espoir et un moment de rêverie à qui sait regarder.

  • Falbalas

    La délicatesse de ce moment de lecture. Merci infiniment. Parfois il faut croire à la générosité, à l’amour d’autrui.
    Personnellement je donne beaucoup: des revues que j’achète, des policiers, les livres que je ne souhaite pas garder, des vêtements, des chaussures. Je trouve souvent quelqu’un d’intéressé par ce que je propose mais j’avoue que je n’avais jamais pensé au ‘petit mot’. Peut-être que j’y penserai dorénavant…

  • Cécilie

    @sabcestbien je te lis après avoir écrit. merci pour l’info !

  • Cécilie

    Je crois qu’il existe un mouvement de ce type concernant les livres. Il faut laisser un livre que l’on a lu dans un endroit, (peut-être même qu’il existe un site où l’on indique où on a laissé le livre) pour que les autres puissent en profiter.

    Nous ne sommes que de passage. Nous sommes là pour transmettre, même si nous ne choisissons pas toujours ce que nous transmettons. Nous sommes des sortes de radio dont les ondes fluctuent et qui sont reçues par d’autres radios dont les décodeurs sont différents et interprètent et retransmettent à leur tour. Je crois. Bip bip.

  • sabcestbien

    merci pour ce merci, parfois faut se faire du bien et ça coute rien

    tout comme donner ne coute rien mais eleve notre ame par ce don du coeur

    je le fais en donnant le livres (nombreux) que je lis car pour moi, jette un livre reviens à un autodafé alors que lui donner un seconde vie, c’est créer une chaine humaine.
    je vous mets le liens vers le site de bookcrossing qui m’a initiée au passage de livre : http://www.bookcrossing.com/
    vous verrez sur la 1er page : étiquetez, partagez, suivez et c’est ça la vie.

    pour les vetements, je vais à des troc party, c’est une soirée sympa et on voit sous un nouveau jour la consomation. Tout ce qui n’a pas été échangé est donné à Oxfax

  • oursine

    Bonjour !
    Je viens de rentrer, et je me disais bien …Pablo arbore un sourire digne du chat de Cheshire !
    Il a du se connecter pendant mon absence, et il savoure ce Fonelle d’or !

    Il me parle, ce post.
    J’habite une rue, tout près d’une gare, où, il est de coutume de poser dans la rue, les objets dont on ne se sert plus, du canapé recouvert d’une bâche pour qu’il ne s’abime pas, aux livres ou autres objets . Ils font d’ailleurs très vite le bonheur d’autres personnes. J’aime l’idée que certains de mes objets continuent leur vie ailleurs…

  • mademoiselle mauve

    comment dire que j’a-dore cette façon de faire. c’est tellement charmant !

  • Sophie

    « L’aberration de la consommation. Le silence et la force de l’écrit. » C’est bon de revenir ainsi à l’essentiel, un mardi matin de presque hiver. Il faudra se souvenir de cette paire de chaussures et du petit mot qui les accompagnait. Merci Sophie.

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