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Le blog de Sophie Fontanel

Tu es où exactement ?

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  • LUNDI 3 DÉCEMBRE
  • MERCREDI 27 FÉVRIER
  • LUNDI 29 SEPTEMBRE
  • qu’est-ce qu’une frusque-sieste?

je-suis-charlie-republique

La marche, je l’ai faite avec mon frère (c’est pas lui sur la photo !). Le grand frère idole de mon enfance. On est descendus à Bastille presque en chantonnant, y avait comme une gaieté dans la rue, un rayon de soleil, mais aussi une gravité dans l’air, accentuée par le silence (pas de voitures) inhabituel. On n’a presque rien vu, pourtant c’est déjà énorme.

On a vu comme on se sentait idiots et voyeurs devant l’endroit où le policier Ahmed a été tué. Ceux qui faisaient des photos, ils s’arrêtaient net, un peu gênés. Après, juste à côté, on a vu les locaux de « Charlie Hebdo ». C’était sur le chemin, pour ainsi dire. Le silence de la rue avec, en plus, le silence total des gens, faisaient de cette rue de « Charlie » un grand symbole. Pourtant, on se sentait bizarres, comme si on suivait un parcours fléché, un itinéraire. Comme si on visitait des studios de cinéma. On est partis, trop mal à l’aise. Après, on a essayé d’aller jusqu’à la place de République. Des gens en revenaient. Ils avaient faim. Ils prévenaient que y avait plus rien à manger aux abords de la place. Ils étaient là depuis des heures, parfois. Tout le monde appelait quelqu’un au tel en disant : « Tu es où exactement ? » À un moment, on a été coincés dans la foule, au chaud. On savait pas quoi faire, tous. De temps en temps, on applaudissait. Ça durait longtemps, ça finissait par s’arrêter. Alors on attendait et on le refaisait quand même, rien que pour entendre de nouveau ce bruit de milliers de mains qui claquent. Ça ne faisait pas tant de bruit que ça, mais qu’importe ça donnait envie de pleurer, parce que c’était le pauvre bruit humain. Après, nous aussi, comme les autres, on a eu faim. On a voulu s’éloigner de la place pour aller dans un troquet, ça a pris une heure de s’extirper de là et, dans le troquet y avait un écran plasma : on voyait tout bien mieux à la télévision. Pourtant, on est quand même ressortis, on préférait rien voir mais tout vivre. Et on est retournés vers le cortège. Les policiers, c’était comme si on les voyait pour la première fois de notre vie. Leurs doigts engagés dans les armes. La réalité de ça. Le rideau de l’Hyper Cacher qui se lève. Les gens leur demandaient des renseignements rien que pour leur parler. Ils répondaient vite, ils ne voulaient pas se déconcentrer. Ensuite, on s’est quittés. J’ai appelé des amis, mais les communications téléphoniques ne passaient pas. J’ai marché seule pendant une heure. J’ai acheté des marrons. J’ai pensé : « C’est mieux d’en manger que d’en prendre. » Et là j’ai compris combien on avait dû tous avoir peur, et combien on avait ignoré cette peur, tout simplement. Parents avec des gosses dans les poussettes, personnes âgées que j’étais stupéfaite de voir sur le boulevard Beaumarchais, gens mains nues avec écrit « Je suis » sur le torse. Je pense à tous ceux que la peur a empêché de venir. Loin de les juger, j’ai défilé pour eux aussi.

Sophie Fontanel

Ps. Pas de Ps encore aujourd’hui, on les reprendra, don’t worry.

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21 réponses à Tu es où exactement ?

  • gelatoallimone

    Ceux qui n'ont pas défilé, comme moi, n'avaient pas forcément peur.
    Mais simplement pas envie de récupération politique par le gouvernement, pas envie de défiler avec devant certains officiels que d'aucuns peuvent estimer responsables (ventes d'armes, choix quant à l'immigration, influence sur la Justice, et pour certains non-respect de la liberté d'expression), pas dupes non plus de cet effet doudou recherché par beaucoup après le choc, compréhensible mais pouvant pa

    Ceux qui ont défilé étaient nombreux et je crois pour la plupart très sincères. Pour autant on peut ne pas être d'accord.

  • Nico

    Je suis chagrinée par le silence radio des préférés des français, Jamel, Omar, Zizou, qui ont beaucoup d'influence auprès des jeunes. On aurait bien besoin d'eux pourtant pour leur expliquer que les caricatures se lisent au second degré et surtout leur éviter de tomber dans les pièges des intégristes.

  • laprincesseaupetitpoids

    OU.. "à leurs âges" ..tiens je ne sais plus s'il faut le pluriel et j'ai pas envie de vérifier dans Bescherelle…sans doute le pluriel tout s'accorde n'est-ce-pas ?…

  • laprincesseaupetitpoids

    Ce qui me choque c'est surtout ces élèves qui ont refusé de participer à une minute de silence ..je me demande pour quelles raisons et comment si jeunes on en arrive à ce stade….je trouve que c'est dramatique..mais c'est important de le savoir comment ils en sont là… à leur âge…

  • Cotonnière

    Chère Fonelle,
    On y était samedi, dans la ville où il pleut selon Barbara. Et il pleuvait aussi samedi. Il faisait froid, c'était gris. Mais jamais on n'oubliera cette journée, où on était si nombreux, silencieux, tapant des mains, en quête de ……???????????????

  • Virg'

    Peut-être va -t-il falloir cesser de croire que la liberté et la laïcité nous est acquise, peut-être va-t-il falloir cesser la paresse ? Et déjà, je regrette de ne pas avoir parlé tt à l'heure à ces deux jeunes femmes portant le voile ds le RER qui disaient évoquant Charlie Hebdo "oui ils auraient du être censurés mais pas les tuer", juste parler c'est déjà ça ?

  • Fi

    A défilé.. à Genève.. c'est plus facile qu'à Paris j'en conviens.. J'ai vu des gens sur le passage de la marche qui pleuraient de nous voir réuni.. mais qui n'ont pas réussi à intégrer la marche.. Ce n'était apparement pas un choix si facile finalement.

  • JUSTINEG

    J’aimerais dire, écrire ce que cela m’inspire mais je n’y arrive pas. Les mots restent coincés quelque part dans mon esprit.
    J’aimerais pouvoir sourire, rigoler mais je n’y arrive pas.
    Pourtant de bonnes choses ont eu lieu cette semaine. J’ai ressenti l’espoir. J’avais perdu espoir en la population, enfermée sur moi-même, anéantie de voir et d’entendre autant de bêtises.
    Et hier, l’espoir est revenu. Revenu parce que la France s’est rassemblée. La France était unie, avait retrouvé ses valeurs. Et ça m’a fait chaud au coeur. Je croyais que nous étions individualistes, que chacun ne pensait qu’à soit. Mais non, on peut être ensemble. Et heureusement, c’est notre plus belle et plus grande arme.
    Nous n’avons pas besoin de Kalachnikov : nous nous avons mutuellement, nous avons notre intelligence, notre tolérance, notre humour.
    Et pourtant, je n’y arrive pas. Ces derniers jours j’étais emprisonnée devant la télévision. Toutes les nouvelles ont été entendues et réentendues. Et maintenant, il faut digérer, comprendre, assimiler. Mais il y a eu trop de choses pour que cela se fasse rapidement.
    Aujourd’hui, je ne sais pas quoi faire. Parce que aujourd’hui, j’ai perdu une part d’insouciance. Aujourd’hui, je peux mourir parce que je ne suis pas d’accord avec autrui, pas seulement parce que j’attaque autrui. Aujourd’hui, je peux mourir parce que je ne crois en Dieu comme les autres, parce que je refuse une quelconque soumission, ni dans ma vie ni dans ma religion.
    Et pourtant, aujourd’hui, j’ai aussi gagné en motivation. Aujourd’hui, je ne veux plus me laisser marcher sur les pieds, aujourd’hui je ne veux plus avoir peur. Aujourd’hui je veux être forte. Je veux continuer à découvrir le monde par les livres, les journaux, les blogs. Aujourd’hui, ma soif d’apprendre est ma force. Je le sens.

    Mais en attendant, j’ai besoin de calme, pour comprendre, pour continuer à avancer. Je ne veux pas me tromper de combat, je ne veux pas assimiler mes idées à celles d’autres personnes.
    Aujourd’hui, j’ai un regret : de ne pas avoir soutenu ceux que j’aurai aimé soutenir. Parce que oui, j’aurais voulu être Charlie bien avant le 7 janvier. J’aurais voulu les soutenir bien avant qu’ils ne sombrent. Mais je me rattraperais. Jamais je n’abandonnerai ceux qui sont essentiels à mes yeux. Je me battrai pour mes idéaux, pour ma liberté.

    Aujourd’hui, demain et jusqu’au bout, je veux être Charlie.

  • printemps

    Hier , j'étais avec ma mère, car mercredi dernier, ma tante ,sa soeur, est morte…A ma peine privée , j'associe celle de tous, il y a Charlie, mais il y a toutes les autres victimes de l'intégrisme et du terrorisme, particulièrement les femmes et les jeunes filles, du Nigéria et d'ailleurs.
    Je suis athée, de culture chrétienne et j'adore la France où l'on peut être un être humain avant d'être un sexe, un être pensant sans être croyant.Quelle chance d'être ici! Un peu peur peut-être, mais déterminée tous les jours à la liberté.Jeudi dernier, j'étais dans un collège, beaucoup de jeunes ne comprennent pas ce qui se passe, ils pensent que c'était mérité.Il faut aller dans les banlieues,donner les moyens d'exister autrement et de penser à ces jeunes.

  • sabcestbien

    @Bff, oui il faut etre positif mais pas trop idéaliste voir surréaliste à part en peinture..
    un négociateur qui dit oui pour ne pas dire amen à tout est perçu ou comme un menteur ou comme un branquignol…
    les terroristes se moquent bien de nous et ne nous respectent pas et il faudrait bien se demander pourquoi non ?

  • Bff

    Je viens de lire les commentaires et moi je ne suis pas pessimiste, car nous n avons pas le droit d etre pessimiste, si nous n y croyons pas NOUS qui va y croiré qui va le faire ? Alors haut les cœurs les girls ! On avance, on y croit, on y arrivera !!

  • navajo

    Pardon, mon commentaire avait disparu, mais il est réapparu entre temps… Pardon de me répéter…

  • navajo

    Comme je tenais à ce que j'ai écrit à midi, je le redis : J'ai été gênée ces derniers jours par les allusion, si fréquentes, au "ciel", au "paradis", à "la-haut" : Je me dis que le chemin est encore long, et je crains qu'ils ne soient morts dans l'incompréhension. L'émotion est palpable et consensuelle, mais où est la réflexion ? Je ne suis pas sûre que des Cabu ou des Wolinski auraient défilé, encore moins sûre qu'ils auraient chanté la marseillaise, chant guerrier s'il en est. Ils auraient croqué poutine en fervent défenseur de la liberté d'expression, parce que là, il y a vraiment de quoi rire. Ils auraient dénoncé l'hypocrisie, toujours prête à salir les idéaux. Willem a dit ça. Je suis si d'accord avec lui…

  • sabcestbien

    @jicky, comment faire comprendre que la liberté c'est aussi le droit au blasphème ?
    beau sujet de philo… mais plus que philosopher, va falloir agir avec des mots mais pas que à mon avis car le "je vous demande de vous taire" sonne creux aujourd'hui…
    je suis contre les armes et la violence mais je ne suis pas Jésus qui tends l'autre joue pour recevoir une deuxième claque.
    je refuse d'etre une victime qui accepte d'etre crucifiée sur place.
    il faut des moyens pour suivre la parole mais sinon mes mains ont la parole finissent doigt d'honneur par notre agresseur…

  • isis de paname

    Tu trouves toujours les bons mots.
    Moi aussi j'y étais noyée Place de la République, émue de voir autant de monde.
    J'ai ri avec une pancarte que je n'ai pas réussi à poster sur les réseaux sociaux car rien ne passait : "ceux qui ne sont pas là font l'amour" ! Bravo à cette femme qui tenait ce message. J'aurais voulu l'approcher mais impossible. Trop de monde.
    Isis

  • navajo

    Ce qui m'a le plus gêné, ces derniers jours, c'est le nombre d'allusion au "ciel", au "paradis", à "la-haut". Je constate qu'il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. L'émotion est palpable et consensuelle, mais où est la réflexion ? Je crains qu'ils ne soient morts dans l'incompréhension. Je ne suis pas sûre que les cabu et autre Wolinski auraient défilé. Encore moins sûre qu'ils auraient chanté la marseillaise, chant guerrier s'il en est. Ils auraient pointé leur crayon là où ça fait mal : Ils auraient croqué Poutine en fervent défenseur de la liberté d'expression, parce que là, il y a de quoi rire… Ils auraient souligné l'hypocrisie, toujours prête à salir les idéaux. Willem l'a fait. Je suis si d'accord avec lui…

  • jicky

    je me pose exactement les mêmes questions que @sabcestbien….
    Avec le même pessimisme, puisque depuis des siècles la bêtise et l'ignorance continuent de tuer… Et ça, ça me "tue". Je connais des profs qui se sont retrouvés face à des classes refusant la minute de silence. Si les gamins eux-mêmes en sont aux amalgames, on va où?

  • julie

    "on préférait rien voir mais tout vivre"
    c'est exactement pour cela que j'ai emmené mes filles hier, malgré la peur, malgré le doute dans la foule, malgré tout, pour vivre et y être avec tous mes frères humains (loin de juger ceux qui ne voulaient/ pouvaient pas y être).

  • sabcestbien

    c'est beau et c'est positif, ça fait longtemps que ça nous est pas arrivé mais ne nous leurrons pas, le monde ne va pas changer d'un coup de crayon magique.

    les méchants rayés du cerveau ne vont pas nous serrer dans leurs bras chargés d'armes…

    ce qui me gène ce sont les faux culs ! ce qui sont venus comme par exemple les représentants de Poutine… fervent défenseur des libertés ?
    ce qui me gène ce sont les islamistes qui font leur marché de viande fraiche dans nos prisons,
    ce qui me gène le plus, ce sont les enfants dans les écoles qui ont rétorqués aux maitresses que c'était bien fait pour Charlie ce qui lui arrivait.

    Quel avenir pour nous, je me pose la question.
    L'éducation a-t-elle les moyens de vaincre l'obscurantisme si le poison est distillé à la maison ?
    peut-on changer les gens ? quant est-il trop tard ?
    cela ferait une bonne chronique dans Charlie mais celle qui faisait cela, ils l'ont tuée aussi…
    Dur d'avoir un cerveau et un coeur et de s'en servir de nos jours.

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